Bouli LANNERS : peintre, cinéaste, humain.

CINEMA

Si vous faites une recherche sur le net à propos de Bouli Lanners, vous trouverez facilement qu’il est acteur, réalisateur, scénariste et metteur en scène.

J’ai découvert Bouli Lanners d’abord par son film Eldorado, ensuite Les Géants et puis dernièrement par Ultranova, son premier long métrage. J’ai très vite été frappé par ses plans fixes, ses couleurs et son cadrage toujours très soigné et jamais anodin.

J’ai donc cherché à en savoir un peu plus sur ce personnage hors normes, et j’ai visionné le film de Benoit Mariage «On the road again, le cinéma de Bouli Lanners», retraçant tout le parcours cinématographique du réalisateur, mais où Bouli Lanners se dénude et nous raconte aussi tout son parcours de vie. Je n’ai pas été surpris de découvrir qu’il avait fait des études non pas de cinéma mais de peinture, car cela transparait très fort dans ses films : l’utilisation du cinémascope et du plan fixe sont là pour faire un parallèle entre un tableau, la vie et le cinéma.

Pourquoi la vie ? Parce que Bouli Lanners nous apprend que toutes les petites scènes tantôt dramatiques et tantôt drôles aussi, ont toutes été tirées de moments vécus par le réalisateur et sans doute par beaucoup de spectateurs. Voila pourquoi son cinéma nous touche.

J’ai eu aussi l’occasion d’entendre Bouli Lanners, dans l’émission radio de la Première «Le grand voyage », nous raconter son goût pour la nature et la marche à pied dans sa Belgique natale. Ceci aussi se retrouve dans ses films (Eldorado, Les Géants), où la nature est un personnage à part entière, synonyme d’espace et de liberté.

Troisième point commun dans ses films, c’est la voiture, importante elle aussi car synonyme d’évasion ou de fuite.

Dernière constante de ces trois longs métrages, ce sont les personnages toujours en détresse, à la limite de la rupture. Ayant fait mille petits boulots dans sa jeunesse, on sent un Bouli Lanners sensible et qui attache une affection profonde a quelques personnages qu’il a côtoyés, tels que Dimitri d’Ultranova ou Elie d’Eldorado. JCP

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Filmographie à la Médiathèque :

VU2982 « Ultranova » 2004

+ « Muno » (court métrage) 2001

VE0252 « Eldorado » 2008

VG0389 « Les Géants » 2011

Claude DEBUSSY (1862-1918): 150ème anniversaire

CLASSIQUE 

Chose promise, chose due, Debussy est à l’honneur au discobus 4. L’année 2012 ne pouvait s’achever sans rendre hommage à ce génial compositeur qui a joyeusement bousculé les règles de la musique de son temps. Prélude à l’après-midi d’un faune composé en 1894 est généralement considéré comme la première œuvre moderne. Le XXème siècle est tout proche et verra d’autres bouleversements.

Peut-on parler d’une révolution à propos de la musique de Debussy? Sans doute, dans la mesure où le compositeur recherche une harmonie nouvelle libérée des règles, des académismes.

Sa musique rompt avec les constructions, les structures du passé et heurte en cela les conservateurs de son époque, mais elle le fait dans la recherche de beautés nouvelles (comme le disait Romain Rolland), sans les tensions et les angoisses exacerbées qui caractériseront beaucoup d’œuvres du XXème siècle. Cependant, certaines pièces font exception comme le violent prélude Ce qu’a vu le vent d’ouest, véritablement explosif.

Il y a dans la musique de Debussy une quête d’un idéal sonore souvent en relation avec des images, des sensations, qui le rend proche de poètes comme Verlaine, Baudelaire. Le timbre occupe désormais une place capitale dans la musique (Berlioz avait de ce point de vue, préparé le terrain). Cette musique raffinée, sensuelle qui va chercher parfois des influences en Orient, possède un pouvoir d’évocation au sens fort, magique du terme notamment des éléments de la nature. La mer en est sans doute l’exemple le plus célèbre. « N’écoute les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte les histoires du monde », écrivait Debussy.

Ses compositions donnent l’impression d’une grande liberté échappant au temps linéaire et structuré des classiques mais en même temps elle répond à une logique interne. Le compositeur fixe lui-même les règles et chaque œuvre possède une structure et une unité qui lui est propre.

Relativement limitées en nombre, les oeuvres de Debussy permettent plus facilement de se livrer au jeu des comparaisons entre interprètes. Vous trouverez donc dans le choix proposé plusieurs versions de la plupart des œuvres. Diverses approches et des tempéraments bien différents révèlent d’autant mieux la richesse de ses chefs-d’œuvre.

Par exemple, écoutez sans hésiter les préludes par Michelangeli, ce merveilleux pianiste que j’ai déjà évoqué à plusieurs reprises et comparez avec le jeu de Claudio Arrau ou de Samson François… . Et puis, il faut compter aussi depuis peu avec la nouvelle version du pianiste Philippe Bianconi qui aura marqué de son empreinte cet anniversaire. Et pour l’orchestre, Stéphane Denève nous aura également surpris agréablement avec le Royal Scottisch Orchestra (voir article précédent). Boulez, Munch, et bien d’autres nous offrent d’autres références.

Plusieurs belles versions aussi de son opéra Pelléas et Mélisande inspiré par l’œuvre du poète belge Maurice Maeterlinck. Sans oublier la musique de chambre, notamment le très beau quatuor.

Je vous souhaite beaucoup de plaisir à l’écoute de la musique de Debussy et de quelques-uns parmi ses interprètes les plus inspirés.  Pierrequiroule

Franz LISZT « Les années de pèlerinages »

Naïve, 2011

CLASSIQUE  ROMANTIQUE

DL5901 (Disponible au Discobus 4)

Bertrand Chamayou, piano

Nous l’avons enfin en collection, cet album magnifique consacré à l’œuvre emblématique de Liszt : l’intégrale des trois années de pèlerinage par le jeune pianiste toulousain Bertrand Chamayou. J’en évoquais la parution dans un article à propos du bicentenaire de la naissance de F. Liszt (lire cet article).

Pour ce qui concerne l’œuvre en elle-même, elle est particulièrement représentative de l’évolution artistique et spirituelle de Liszt. Elle nous donne un aperçu des références culturelles, littéraires notamment, qui ont nourri sa musique, de son amour de la nature, de ses inquiétudes métaphysiques. Elle est constituée de pièces très diverses composées à différentes périodes de sa vie et inspirées par les nombreux voyages qui ont jalonné sa vie et où l’Italie joue un rôle prédominant.

Quant à l’interprétation, elle est digne de tous les éloges. Bertrand Chamayou a bien préparé son enregistrement par une série de concerts remarquables. J’ai pu moi même assister à celui qu’il a donné à la salle philharmonique de Liège: l’intégrale de l’œuvre en une après-midi et sans partition! C’était magnifique! L’enregistrement venait de sortir. La revue Diapason lui a aussitôt décerné un diapason d’or. Et plus récemment, une victoire de la musique récompensait cette splendide réalisation. PD

(Disponibilité de ce CD)

Lucas SANTTANA « Sem Nostalgia »

Mais Um Discos, 2011

MUSIQUE DU MONDE  BRESIL

MI1100 (Disponible au Discobus 4)
Le paysage musical brésilien a changé. La samba ou la bossa nova, ce sont des « trucs pour les vieux ou les touristes ».
Les sons électroniques et l’ordinateur ont opéré un changement en profondeur. Autorisant chaque Brésilien, fils de riche ou jeune des favelas, à créer, à modifier et à se réapproprier la musique :
– C’est le Mangue Beat. Musique métisse née du couple de percussions africaines et de l’électronique avec des guitares saturées. Vif, intense, imaginatif.
– C’est le Baile Funk. Musique des ghettos, musique de remixes, de transformation du funk de Floride. Brulant, violent, charnel.
– C’est la Tecno Brega. Pilleuse, ringarde, romantique.

– Et puis, c’est aussi Lucas Santtana. Atmosphérique, étrange parfois !

Il nous montre qu’il est possible d’utiliser sa voix et sa guitare acoustique pour élargir le champ des styles brésiliens.
À l’exception des sons d’insectes, échantillonnés et intégrés, Lucas Santtana a utilisé uniquement des guitares acoustiques et des voix. Bien sûr, il a utilisé des filtres, des micros et des techniques différentes pour créer une athmosphère particulière.
Dès “Super violão mashup”, qui ouvre l’album, on est plongé dans un instrumental nerveux, sec, avec des bruits de vieux 33T poussièreux, presque crasseux. D’autres instrumentaux colorent cet album original, comme l’électrique et citadin “Recado para io Lobato”.
Who can say which way” chanté en anglais est enthousiaste, d’une combinaison de sons  subtile et entrainante.  “Night-time in the backyard” et “Ripple of the water” mettent l’accent sur la voix. Si ce n’était l’arrangement, on aurait l’impression que Santtana est dans le pré nous sussurant une ballade intimiste.
Cira, Regina e Nana” et “Amor em Jacuma” sont plus brésiliens : en portugais et avec une cadence plus bossa, tandis que “I Can’t Live Far From My Music” est davantage rock avec une doublage de la voix intéressant.

Sûr qu’en Live acoustique, Sattana aura des difficultés à reproduire toute cette atmosphère.  DM

"Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?"

(Disponibilité de ce CD)

Franz LISZT (1811-1886) Bicentenaire

CLASSIQUE ROMANTISME

Nous ne terminerons pas l’année sans évoquer ce grand compositeur né en Hongrie le 22 octobre 1811. Une discographie sélective est dès à présent disponible au discobus 4 et devrait vous permettre de découvrir ou redécouvrir avec plaisir ses grandes œuvres dans la foulée des nombreux événements, concerts, etc… qui auront jalonné le 200ème anniversaire de sa naissance.

Liszt, une figure romantique par excellence dans sa vie comme dans sa musique mais aussi un prophète du piano qui annonce les musiques à venir.

Rappelons tout d’abord que le très jeune Liszt a commencé sa carrière de musicien comme pianiste prodige avec des tournées de concerts harassantes, comme Mozart au siècle précédent. Cette virtuosité, elle sera bien présente dans son œuvre pour piano; mais l’essentiel n’est pas là : au piano, Liszt a véritablement inventé un nouvel univers sonore en exploitant toutes les possibilités expressives de son instrument qu’il transforme dans certaines pièces en un véritable orchestre.

Romantique, il l’est bien sûr et il trouve ses sources d’inspiration dans la nature, la passion amoureuse, mais aussi dans la littérature et les beaux-arts. C’est ainsi qu’il développe une musique associée à des éléments extra-musicaux. Dans le domaine de l’orchestre, il est considéré comme l’inventeur du poème symphonique, c’est-à-dire d’une musique à programme qui peut prendre naissance à partir d’un tableau (« La bataille des Huns »), d’un poème (« Mazeppa », « Ce qu’on entend sur la montagne ») ou de la mythologie, … . Liszt ne négligera cependant nullement la musique pure, c’est-à-dire sans références extra-musicales. Les concertos, la sonate en si mineur et bien d’autres œuvres sont là pour en témoigner.

Au-delà du romantisme, Franz Liszt lance aussi son javelot, selon ses propres termes, vers les musiques du futur. Dans certaines oeuvres, il annonce  l’ impressionnisme et même la musique atonale. Lorsqu’on écoute par exemple la pièce « Les jeux d’eau de la Villa d’Este », comment ne pas l’entendre comme la préfiguration de ceux de Debussy et Ravel et la « Bagatelle sans tonalité » ou encore sa dernière pièce « En rêve » n’annonce-t-elle pas Arnold Schoenberg ?

Autre élément important: tout au long de sa vie, Liszt a été tiraillé entre, d’une part, une vie mondaine marquée par son immense succès en tant que pianiste virtuose et compositeur adulé, une vie amoureuse tumultueuse et d’autre part, une tendance au mysticisme religieux qui prédominera à la fin de sa vie.

 

Si je devais retenir une seule œuvre du compositeur, je choisirais sans hésiter le cycle « Les années de pèlerinage », emblématique de la vie et de l’évolution artistique et spirituelle de Liszt.

Au départ, l’ « Album d’un voyageur », titre original du premier cahier consacré à la Suisse : des souvenirs d’un voyage effectué en 1835 en compagnie de Marie d’Agoult, alimenté aussi par des lectures. Loin d’une Suisse paisible, la musique nous parle de la lutte de Guillaume Tell pour l’indépendance et d’une nature qui peut se révéler sauvage (« L’orage »inspiré par Byron). Mais l’apaisement et l’intimisme sont aussi au rendez-vous avec, par exemple; «  Au lac de Wallenstadt ». La Hongrie reste chère au cœur du compositeur puisqu’il l’évoque sous la forme d’une rhapsodie hongroise dans la pièce « Mal du pays ».

Mais l’œuvre définitive « Les années de pèlerinages » ira bien au delà de la visite même culturelle d’un pays étranger, en l’occurrence, l’Italie pour les deux années suivantes. Il s’agit bien plutôt d’une quête à la fois musicale et spirituelle: la recherche d’un univers sonore et les éternelles questions humaines de l’amour, de la vie et de la mort. La virtuosité fait souvent place à l’intimisme et à l’introspection. Trois années de pèlerinage mais en réalité l’œuvre d’une vie puisqu’elle occupera le compositeur jusqu’à la fin des années 1870.

Cette œuvre, en intégrale ou en extraits occupe donc une place de choix dans la discographie sélective présente au Discobus 4.

Citons l’intégrale de Lazar Berman et des parties ou extraits par Bolet, Brendel, et Arrau pour sa mémorable interprétation de « Après une lecture de Dante ».

La nouvelle intégrale de l’œuvre par le jeune pianiste français Bertrand Chamayou fera date. Elle sera bienvenue dans la collection du discobus. Nous en reparlerons…

Bonnes découvertes ! PD